Interview avec Prog-Mania.com
Andy Tillison, leader de The Tangent, a eu la gentillesse de répondre à nos questions ce 19/02/2008 lors d'un entretien téléphonique.
En voici le contenu :
Prog-mania : Tu as dit qu’après « A place in the Queue » il y avait comme un sentiment d’achèvement, de fin : comment as-tu trouvé une nouvelle inspiration pour « Not as good as the book »?
Andy Tillison : Oui ! Cet album est un peu différent des autres parce que parfois les évènements de la vie sont à la source de l’inspiration et beaucoup de choses se sont produites ces deux dernières années. Les choses que j’ai écrites sont influencées par la vie que j’ai vécue durant ces deux ans. Cela a débuté en France à la fin de ma relation avec Sam Baine qui jouait des claviers dans The Tangent. Il m’a fallu déménager en Angleterre et après 1 an et demi d’aventures je suis revenu en France avec ma nouvelle compagne, une française, il y a presque un an. Et pendant ces deux ans j’ai composé de la musique comme on tient un journal. Cela a donc été différent : avant j’écrivais de la musique de façon spontanée alors que là ce sont les évènements qui ont tout dicté.
Prog-mania : D’ailleurs il s’agit du thème des paroles du morceau « A crisis in mid life » qui, comme tu l’as écrit par ailleurs, a été composé dans une période de doute personnel.
Andy Tillison : Oui, absolument ! En fait, je pense que l’album est une série d’histoires - le premier cd de l’album du moins- qui parle d’une période de l’existence, de cet âge moyen lorsque l’on a dépassé la quarantaine, des problèmes qui nous concernent dans cette période. La plupart des chansons s’adressent à des adolescents, les textes tournent toujours autour de l’amour, de l’école, des conflits avec les parents, comme si il n’y avait rien d’autre et que le vécu des adultes n’était pas suffisamment intéressant. J’ai voulu, au travers des récents évènements, écrire pour et à propos des adultes.
Prog-mania : Pour ce qui concerne l’enregistrement de « NAGATB », j’ai vu que tu avais, en partie, réalisé ton travail en France.
Andy Tillison : Oui, c’est ça : j’avais commencé en Aveyron parce que je résidais là au début de l’enregistrement de l’album. J’avais également fait la plupart du travail pour « A place in the queue » en Aveyron. « A crisis in mid life » et « The full gamut » ont été enregistrés au début et en France. J’ai continué un peu en Haut Gers puis j’ai déménagé en Angleterre où j’ai continué l’écriture et réalisé la totalité du mixage. Une partie a été réalisée à Malmö, en Suède, avec Jonas Reingold et Jaime Salazar. « NAGATB » a donc été fait dans un grand triangle France/Suède/Angleterre ! Et me voilà de nouveau en France !
Prog-mania : D’accord ! Tu n’es donc pas de retour en France uniquement pour la promotion du disque, tu y résides.
Andy Tillison : Oui, j’habite ici maintenant, dans le Gers.
Prog-mania : Toujours à propos de l’enregistrement, j’imagine que les musiciens ont enregistré leurs propres parties dans leur studio personnel et que vous n’avez pas joué ensemble.
Andy Tillison : Non, non ! Je me suis rendu en Suède pour enregistrer Jonas Reingold et Jaime Salazar, donc les parties de basse et de batterie. Teo Travis était avec moi, dans le Yorkshire, dans le studio de Guy Manning, pour ses parties de saxophone et flûte. Guy a été avec moi pendant presque tout l’enregistrement et le mixage. Jakko lui a effectivement travaillé de loin : il habite à Londres et a fait son travail dans son propre studio.
Prog-mania : Après l’enregistrement de ce disque, dont la composition s’est faite dans une période de difficultés personnelles, qu’est-ce qui a changé chez Andy Tillson ?
Andy Tillison : Ah! Tu veux dire « Qui suis-je maintenant » ?
Prog-mania : Oui, qui es-tu maintenant !!!!
Andy Tillison : Oh ! En fait je suis juste un homme très ordinaire (rires) ! Avec les mêmes soucis, les mêmes doutes, les mêmes problèmes que la plupart des gens qui ont entre 40 et 50 ans ; avec les enfants, la famille, des parents qui vieillissent. Bien sûr qu’avec le groupe, la musique, je suis dans un univers de rêve mais les évènements de ces fameux deux ans me font constater que je suis juste comme tout le monde.
Prog-mania : Venons-en à la nouvelle que tu as écrite et qui sera commercialisée dans l’édition limitée de « NAGATB ». Quelle en est l’idée principale et comment l’as-tu écrite ?
Andy Tillison : J’ai toujours voulu écrire un roman ou quelque chose de cette sorte. Je suis très intéressé par la littérature, l’écriture. J’ai commencé à écrire en Suède. La plupart des journalistes pense que le livre a été fait en premier et que j’ai composé des chansons autour de lui mais cela ne s’est pas passé du tout comme cela. En fait tous les morceaux de l’album étaient déjà terminés. Je me trouvais donc en Suède et je me suis aperçu que je ne pouvais plus mettre la main sur mon passeport ce qui me forçait à rester encore une semaine sans plus rien n’avoir à faire. J’avais juste débuté l’écriture d’une petite histoire dans laquelle je souhaitais reprendre toutes les idées des paroles des chansons. C’est bien le livre qui a été fait après les chansons ; alors le livre c’est le concept tandis que l’album c’est l’idée du concept, l’origine du concept.
Prog-mania : Alors, quel est le concept ?
Andy Tillison : Le concept dans le livre… C’est un roman de science fiction (rires) !!! Il s’agit d’un homme qui se trouve dans l’avenir et détruit accidentellement le monde, il voit alors son passé défiler ; c’est également un fan de rock progressif ! Il y a une connexion permanente entre le passé, le présent et le futur. Pour le passé, il est fait allusion à la période des années 70, l’âge d’or de la musique progressive. Il y a beaucoup de références à Genesis, ELP, VDDG, des choses comme cela : c’est un roman pour les amateurs de Rock Progressif. Malheureusement, il n’existe qu’en anglais pour le moment. Alors pour ceux qui ne peuvent lire l’anglais, l’album existe en deux éditions : avec ou sans le roman et bien sûr l’édition cd seule est un peu moins chère (rires) !
Prog-mania : La musique progressive est très importante pour toi : dans les notes du livret de « APITQ » tu as fait allusion à l’importance de « Tales from topoghraphic ocean » dans la conception de cet album. « NAGATB » est-il le prolongement de cela et comment situes-tu ce dernier album dans ton histoire musicale personnelle et dans l’espace du rock progressif ?
Andy Tillison : Beaucoup de gens ont apprécié les notes de la pochette de « APITQ » et cela a également été une inspiration pour écrire le livre. Et dans ce livre on retrouvera des références importantes à Yes . Oui, je suis vraiment un grand amateur de rock progressif et c’est très important pour moi ! Mais cet album est un peu différent des autres, me semble-t-il : ce n’est pas exactement la même formule, c’est aussi un peu plus contemporain dans le traitement sonore. Il m’est plus personnel, plus en rapport avec moi que les précédents mais cela ne veut pas dire que les idées exprimées ne puissent toucher tout le monde. Nous avons d’autre part exploré des sonorités différentes et des ambiances qui n’existaient pas auparavant. Le premier disque est composé de morceaux plus courts que d’habitude et nous avons placé les deux morceaux les plus longs, ensemble, sur le second disque. Le premier disque est un peu une nouvelle forme d’exploration du format de la chanson classique.
Prog-mania : Tout à fait : tu parles de certaines innovations et de nouvelles sonorités que tu as inclus dans « NAGATB » par rapport aux précédents albums de The Tangent et en effet on trouve une guitare flamenco, une ambiance Jazz-rock, dans « Lost in London, 25 years later » par exemple.
Andy Tillison : Le jazz-rock est quelque chose que nous avons déjà utilisé mais tu as raison il y a cette guitare flamenco dans le morceau « Not as good as the book ». Il y a aussi pas mal de sons électroniques dans « The ethernet » par exemple ; des sons que nous n’avions pas utilisés jusque là. J’aime beaucoup les vieux échos à bandes que j’ai utilisés dans « The Ethernet » et « A sale of two soul ». Il y a un peu moins de sons d’orgue Hammond dans cet album qu’avant et un peu plus de synthés polyphoniques.
Prog-mania : A propos des claviers que tu utilises j’imagine qu’il y a des modèles assez « vintage ». Joues-tu du mini-moog ?
Andy Tillison : Oui, effectivement, dans ce disque j’utilise le Moog. Il s’agit d’un modèle de 1972 qui, je crois, a appartenu à Manfred Mann car il bénéficie d’exactement la même customisation. Mais je me sers surtout de machines plus modernes. Dans le rock progressif une tradition forte d’innovation a toujours existé et les musiciens ont toujours utilisé les avancées techniques. Et je continue à faire cela même si j’aime beaucoup les sons « vintage ». Quand Keith Emerson a utilisé, en 1969, le synthétiseur c’était complètement nouveau et révolutionnaire. De la même façon, c’est dans la musique progressive que le Mellotron qui venait juste de sortir a été tout d’abord utilisé. Et je veux donc toujours me servir des dernières technologies parce que je suis un musicien de Rock Progressif.
Prog-mania : Et donc tu es toujours à la recherche de cette innovation qui a été à la base du Rock Progressif. En restant dans ce sujet de références j’ai remarqué cette illustration au dos du cd qui te montre, tenant en main l’album « Pawn Hearts » de VDGG et regardant au travers d’une fenêtre. Peux-tu m’en dire un peu plus : que regardes-tu et quel est le sens de cela ?
Andy Tillison : Cela se rapporte à une histoire du livre qui a été illustré par Antoine Ettori. C’est mon histoire et celle d’un ami qui est représenté par Guy Manning, à l’époque de notre jeunesse et de nos difficultés pour acheter des disques par manque d’argent. A ce moment là nous récupérions l’argent nécessaire en ramassant toutes les bouteilles vides que nous trouvions et en les faisant déconsigner. Et donc le but de cette journée illustrée par le dessin auquel tu fais allusion était de faire rembourser le maximum de bouteilles vides pour pouvoir acheter « Pawn hearts » ; et nous avons réussi (rires) !!!!! J’ai vraiment fait cela !!!
Il y a également cette illustration qui montre une vitrine d’un magasin de disques dans laquelle tu peux voir trois albums, trois vinyles : « Dark side of the moon » de Pink Floyd, « The Slider » de T.Rex et le premier « Kaïpa » dans lequel jouait Roine Stolt. J’étais tout jeune et Roine était déjà une star (rires) !
Prog-mania : Puisque nous parlons de « Pawn Hearts », tu vas me dire si mon sentiment est exact : dans le morceau « A sale of two souls » je trouve qu’il y a une atmosphère à la Van Der Graaf Generator.
Andy Tillison : Oui, c’est fait exprès ! Mais l’idée, dans le morceau, était plus de faire référence aux albums solo de Peter Hammill et plus spécialement à deux albums : « In Camera » et « Cameleon in the shadow of the night ». Peter Hammill a fait là quelque chose d’un peu plus acoustique qu’avec VDGG. C’est vraiment à ces deux disques que j’essaie de rendre hommage.
Prog-mania : Revenons à ton travail aux claviers : qu’est-ce qui a changé depuis que Sam a quitté le groupe ?
Andy Tillison : Cela a été difficile naturellement parce que Sam était l’auteur dans les enregistrements de tous les soli jazzy au piano et là il m’a fallu les faire moi-même et cela a été un peu difficile car là où Sam jouait vraiment dans l’esprit moi je ne peux que produire une pâle imitation. J’aurai à travailler très, très dur pour faire correctement cela. Mais le plus dur restera quand même le concert puisque je devrai assurer toutes les parties moi-même car nous n’avons pas remplacé Sam. Je serai donc l’unique claviériste et j’aurai bien plus à faire : il faudra sans doute que je m’assoies pour jouer.
Prog-mania : Tu parles de concert donc ma question vient naturellement : es-tu en train de programmer une tournée ?
Andy Tillison : Oui ! la tournée se fera en mai. On commence le 16 mai malheureusement il n’y a pas date en France.
Prog-mania : Et Pourquoi pas la France ?
Andy Tillison : Parce qu’il n’y avait nulle part où jouer. On sera en Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Suisse, en Italie et en Grande-Bretagne. Mais je ne suis pas le promoteur de cette tournée et malheureusement nous ne pouvons jouer en France. Mais peut-être pourrons nous faire quelque chose pour le mois de septembre. J’espère vraiment jouer en France en Septembre mais il n’y a pas encore de date arrêtée.
Prog-mania : Après chaque album, le groupe a vu le départ d’un de ses membres et The Tangent a toujours conservé sa forte identité. Comment parviens-tu à maintenir cette couleur sonore unique ?
Andy Tillison : En fait je pense qu’il y a beaucoup trop d’importance attachée aux musiciens. Presque tous les grands groupes de Rock Progressif ont vu leur line-up changer : Yes, par exemple, a changé de guitariste, de batteur, de claviériste et même de chanteur –et pourtant « Drama » sans Jon Anderson était très, très Yes. King Crimson n’est jamais resté stable longtemps, Genesis est passé de 5 à 3 membres…
Prog-mania : Alors le dernier exemple que tu donnes, Andy, montre qu’un changement de personnel peut réellement changer complètement un groupe : après le départ de Steve Hackett, Genesis a complètement perdu son identité sonore alors que The Tangent, quelque soit le personnel qui le forme, reste The Tangent.
Andy Tillison : (rires) Oui, en effet. Je crois que c’est peut-être parce que je suis l’auteur et le compositeur principal. Je fais la réalisation de chaque disque puisque je suis le producteur et la musique de The Tangent est en moi ; et puis avec Jonas Reingold il existe quand même une continuité.
Prog-mania : Travailles-tu à un nouveau projet ?
Andy Tillison : Je travaille actuellement comme producteur pour le disque d’un groupe portugais. J’ai également produit le dernier album de Guy Manning. Et maintenant j’écris de nouvelles chansons pour le prochain The Tangent. Mais dans l’immédiat le plus gros travail concerne les répétitions du groupe en vue des concerts à venir.
Prog-mania : Et bien, merci beaucoup Andy pour cet entretien. En espérant te voir très bientôt en concert, en France.
Andy Tillison : Oui j’espère et merci pour votre soutien.
Merci à Andy pour sa disponibilité et toutes les précisions apportées. Cela a été un grand plaisir pour nous de réaliser cette interview.